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Songe d'Edmond Agache
 

Songe de Monsieur Edmond Agache

Par Mimi Boniface


Lors, il était couché, de fatigue accablé.

Il avait, tout le jour, peint dans son atelier,

Fait dans le frais vallon sa course accoutumée

et s'était dit : mon œuvre est achevée,

mais quelque chose manque à ma félicité.


Comme dormait Jacob, comme dormait Judith,

Edmond, les yeux fermés, gisait sous la feuillée.

Or, la porte du ciel s'étant entrebâillé,

Au-dessus de sa tête, un songe en descendit.


Et ce songe était tel qu'il voyait un grand chêne

Qui, sorti de Vaucottes, allait jusqu'au ciel bleu

Une race y montait comme une longue chaîne,

Des filles, des garçons chantaient l'air radieux.


Edmond murmurait avec la voix de l'âme :

Comment se pourrait-il que de moi ceci vint ?

Le chiffre de mes ans le permet, c'est certain,

Mais je n'ai point de fils et, si j'ai une femme,

Elle n'est pas très apte à faire des enfants

Laissez-moi, ô mon Dieu, vivre en célibataire

Et borner mes désirs à visiter la terre.


Pourtant, Vaucottes est plein et le Chalet déborde.

De la proche Cour verte sortent des cris joyeux,

il entre au petit val une joyeuse horde

Et, dans d'autres demeures, ils sont aussi chez eux.


Qui sont ces marmots, ces riantes jeunes femmes,

Ces hommes vigoureux, ces nageurs téméraires,

Ces filles élégantes, ces si jeunes grands-mères,

Ces prêtres, ces musiciens, même tous ces notaires ?


Et voilà qu'au matin le songe s'éclaircit,

Il me faut à Vaucottes une tribu qui s'accroît.

Cette famille nombreuse, c'est celle de mon ami.

Le lendemain : le chalet était à Henri Decroix.