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Hommage à Antoinette Boutemy

Antoinette Boutemy (tante Toinon), née le 3 août 1905 à Lannoys lez Lille, fille de Gabrielle Decroix et Louis Boutemy, est décédée le 6 août 2009 à l'âge vénérable de 104 ans.

Lors de la messe d'enterrement, François Forgeot, fils de Thérèse Boutemy et René Forgeot, adressa à Antoinette un Adieu poétique, sensible et fort.

               « Le cœur de mon village s’est arrêté de battre, son vieux berger est mort.

Le troupeau qu’il emmenait paître sur les pentes escarpées de la montagne est descendu boire à la fontaine l’eau de l’espérance, les oiseaux ont décrit dans le ciel une grande gerbe de fleurs aux couleurs éclatantes pendant que tous les animaux de la forêt ont entamé la danse de l’adieu.

Et dans mon village, lorsqu’un berger est mené en terre, on peut entendre au crépuscule une musique cristalline d’une grande pureté descendre du haut de la montagne pour se fondre dans la vallée.

Ce sont les gonds des portes du ciel qui chantent chaque fois qu’elles s’ouvrent pour laisser passer l’âme du pasteur puis se referment.

Nul doute que ce soir, au coucher du soleil, nous entendrons descendre du fond de la vallée vers la mer cette musique sacrée.

Ce sera le signe que tante Toinon aura franchi le seuil des portes du paradis ».

 

Au moment de l'inhumation, Marie Bigo (tante Mimi), fille de Daniel Decroix et Elisabeth Watine, rendit à Toinon un bel hommage qui est aussi un Petit aperçu de la vie Vaucottoise - Fin des années 1920 début 1930, en voici un extrait.


 

« Toinon, je t’apporte les hommages de ta génération, de notre génération.

 

Après le drame en 1921 où Papa et Edmond ont perdu la vie, nous ne sommes revenus à Vaucottes que six ans après.

Tu avais 22 ans, j’en avais 15.

Ta bande d’amis, c’étaient Gette, Suzanne, ta sœur aînée, tes frères Jacques et André et leurs copains.

Tu en étais la seule survivante.

La bande des moyens qui demeuraient davantage à Vaucottes, c’était Jo Watine, Jacques Tiret, mon frère Francis et tes jeunes sœurs : Madeleine, Geneviève, Thérèse.

Betsy et moi en restons les seuls témoins.

Et puis, la bande des petits dont ma sœur Claire était le leader incontesté, assistée de Jeannette, jamais à court d’idées, Thérèse, Annette, de même que Jacques et Minette qui suivaient comme ils pouvaient.

Le chalet vivait alors ses beaux jours, centré sur la personne de Grand-père, respecté de tous et vénéré de ses petits-enfants.

Il était tenu par ta mère, tante Gaby, qui, aidée de son mari et de ses filles aînées, renouvelait tous les 3 ou 4 jours des bouquets magnifiques de 2 mètres d’envergure ou plus, qui prenaient tout le panneau du mur près de la cheminée.

C’était l’époque fort amusante où toutes les filles dormaient dans le dortoir dont les garçons avaient été éjectés pour cause de chahuts excessifs, où l’on prenait l’eau pour se laver à la pompe extérieure et dont on remontait les brocs dégoulinants jusqu’au dortoir à l’aide de la corde prévue en cas d’incendie.

De ta mère,tu as hérité la sérénité. De ton père la gaîté et la fantaisie. Je t’entends encore raconter en riant et avec verve les approches plus ou moins maladroites de  tes prétendants, dont aucun n’a d’ailleurs franchi la ligne d’arrivée.

De tes parents vient aussi ton goût de la nature, ta connaissance des bois, des fleurs, des arbres et des champignons que tu ramassas toute ta vie avec Jeannette ( sans jamais t’empoisonner ! ) Mes seules connaissances en la matière viennent de ce que tu nous apprenais lors de nos sorties sylvestres.

Je ne peux passer sous silence ta passion de grande pécheuse devant l’Éternel. Tu connaissais tous les trous d’Etigues à Yport. D’ailleurs, la famille Boutemy les avait trustés sans vergogne à son bénéfice et si un horsain des rochers comme Betsy ou moi tentait sa chance sous une roche, il y avait toujours une voix maffieuse pour crier : Hep, pas là, c’est mon trou ! »